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36th CIHA World Congress - Lyon 2024

Endorsed by the French Ministry of Culture,
the French Ministry of Higher Education and Research,
and the French Ministry of Europe and Foreign Affairs.

Thinking about Matter 1 - Penser la Matière 1

Matière et forme. Retour sur la théorie de l’hylémorphisme dans la théorie des arts au premier âge moderne

Ralph Dekoninck 1, Baptiste Tochon-Danguy 2

1 Université De Louvain - Louvain-La-Neuve (Belgium), 2 Ecole Pratique des Hautes Etudes, Paris (France)

Sujet en anglais / Topic in english

This session proposes to question the place of the theory of hylemorphism in the early-modern theory of art. This Aristotelian concept considers every physical object as a compound of form and matter, form being both what organises matter and directs it towards its end. In living beings, matter is identified with the body and form with the soul. For artefacts, the form introduced into the material is identified with the likeness to the figure represented and/or the model in the mind of the craftsman/artist.

Taking advantage of the increased attention paid in recent years to the presence of Aristotelian philosophy in the theories of the arts in the Renaissance and Baroque age, it is this latter dimension that we wish to explore. While stressing that the terms "form" and "matter", omnipresent in the artistic literature of these periods, do not necessarily have a philosophical connotation, the aim here is to highlight the explicit and implicit references to the Peripatetic theory of hylemorphism and, even more so, to all its scholastic variations and derivations, which can affect other fields such as theology.

It will also consider the way in which the form-matter duo is coupled with a soul-body duo, as expressed in particular, but very prominently, in the symbolic literature of the early modern age. Thus, in the composite genres of the imprese and the emblem, the image is often designated as the "body" or "matter", while the "soul" or "form" is sometimes assimilated to the words that determine and fix the meaning, and sometimes to the meaning itself or to the author's intention.

From the point of view of art theory, it is necessary to reconsider the occultation of matter under the primacy of form, an occultation that contributes to the ennoblement of the arts. Given that we can speak of a certain indeterminacy — already present in Aristotle — of the concept of "form", which floats between three meanings (form as a resemblance to a being or an object; form in the mind of the artist; form as the totality of the contours of a painting or a sculpture), we will consider the effects of such indeterminacy on the conceptions of matter that emerge, in a certain way, in a hollow.

It will also be interesting to consider the way in which the assimilation of the subject of a work to its material will progressively impose itself, no doubt under the influence of poetics. In return, insofar as one of the Aristotelian examples illustrating the hylemorphic theory is that of the statue, it will also question the influence of artistic models in literary and philosophical thinking on matter, with many poets and philosophers turning to the example of the plastic arts to determine what matter and form would be.

Sujet de la session en français / Topic in french

Cette session propose d’interroger la place de la théorie de l’hylémorphisme dans la pensée de l’art au premier âge moderne. Cette théorie aristotélicienne considère tout objet physique comme un composé de forme et de matière, la forme étant à la fois ce qui organise la matière et l’oriente vers sa fin. Chez les êtres vivants, la matière est identifiée au corps et la forme à l’âme. Pour les artefacts, la forme introduite dans la matière est identifiée à la ressemblance à la figure représentée et/ou au modèle qui se trouve dans l’esprit de l’artisan/artiste.

En tirant parti de l’attention accrue portée, ces dernières années, à la présence de la philosophie aristotélicienne dans les théories des arts à la Renaissance et à l’âge baroque, c’est cette dernière dimension ou application qu’on souhaite explorer. Tout en soulignant que les termes de « forme » et de « matière », omniprésents dans la littérature artistique de ces époques, n’ont pas forcément de connotation philosophique, il s’agira ici de mettre en évidence les références explicites comme implicites à la théorie péripatéticienne de l’hylémorphisme et, plus encore, à toutes ses déclinaisons et dérivations scolastiques, qui peuvent toucher d’autres champs   comme ceux  de la  théologie. Il s’agira également d’envisager la façon dont le duo forme-matière se double d’un duo âme- corps, tel qu’il s’exprime notamment, mais de façon très prégnante, dans la littérature symbolique du premier âge moderne. Ainsi, dans les genres composés de la devise et de l’emblème, l’image est souvent désignée comme en étant le « corps » ou la « matière », tandis que l’« âme » ou la « forme » est assimilée tantôt aux paroles qui déterminent et fixent le sens, tantôt au sens lui-même ou à l’intention de l’auteur.

Du côté des théories de l’art, il convient de reconsidérer l’occultation de la matière sous le primat de la forme, occultation participant à l’anoblissement des arts. Etant donné qu’on peut parler d’une certaine indétermination – déjà présente chez Aristote – du concept de « forme » flottant entre trois acceptions (la forme comme ressemblance à un être ou à un objet ; la forme qui se trouve dans l’esprit de l’artiste ; la forme comme l’ensemble des contours d’une peinture ou d’une sculpture), il s’agira d’envisager les effets d’une telle indétermination sur les conceptions de la matière qui se dégagent, d’une certaine manière, en creux.

Il sera de même intéressant de considérer la façon dont l’assimilation du sujet d’une œuvre à sa matière va progressivement s’imposer, sans doute sous l’influence des poétiques. En retour, dans la mesure où l’un des exemples aristotéliciens illustrant la théorie hylémorphique est celui de la statue, il sera question aussi d’interroger la prégnance des modèles artistiques dans la pensée littéraire et philosophique de la matière, bien des poéticiens et des philosophes se tournant vers l’exemple des arts plastiques pour déterminer ce que seraient la matière et la forme.

Rethinking the Form-Matter Nexus after the Material Turn

Rok Bencin 1, Anna Montebugnoli 2, Anna Longo 3

1 Research Centre Of The Slovenian Academy Of Sciences And Arts - Ljubljana (Slovenia), 2 Independent Researcher - Rome (Italy), Collège international de philosophie (CIPh), 3 Paris (France)

Sujet en anglais / Topic in english

In recent decades, the notion of matter has become increasingly important in theoretical (philosophical, artistic, political, and social) debates. This new centrality is characterised by the redefinition of matter as an autonomous concept, freed from its traditional subordination to form. With this newfound freedom, matter came to be understood as a continuous, "thick" and active principle. On the one hand, this led to a transdisciplinary effort that was often limited to an almost literal transposition of the laws of matter formalised by the so-called hard sciences into the materialisms of the so-called soft sciences. On the other hand, this implied an aestheticization of matter through its vibrant fluctuations and indeterminacy.

In contrast to the often hasty new materialist drive to overthrow the realm of form, the panel focuses on the complexity of the dialectic of matter and form, subtracting the two concepts from the logic of subjugation and proposing the possibility of a horizontal relationship between the two. The theory and history of art, insofar as they are concerned with the constant (re)use and (re)definition of the form-matter nexus, constitute the privileged vantage point from which to retrace its genealogy and reconfigure its internal dialectic, both in the history of Western art and in other artistic traditions.

In this sense, the panel invites us to rethink the genealogy of the form-matter nexus in three ways. First, by tracing the disruptions within its classical definitions from Plato's chora, Aristotelian and Scholastic hylomorphism, to Schiller’s aesthetics and Hegel's dialectics. Second, by exploring other genealogies, which are tangent to the Western tradition – as in the case of Ibn Rushd and Ibn Sina rethinking of Aristotle’s notions of form and matter – or completely heterogeneous from it. Third, by examining its contemporary transformations in aesthetics and art history, e.g. through Rancière's archaeological study of the rise of aesthetics, Didi-Huberman’s study of Renaissance art, and other methodological perspectives committed to developing a genealogical critique of the matter-form nexus.

Sujet de la session en français / Topic in french

Au cours des dernières décennies, la notion de matière a pris une importance croissante dans les débats théoriques (philosophiques, artistiques, politiques et sociaux). Cette nouvelle centralité se caractérise par la redéfinition de la matière en tant que concept autonome, libéré de sa subordination traditionnelle à la forme. Avec cette nouvelle liberté, la matière a été comprise comme un principe continu, " dense " et actif. D'une part, cela a conduit à un effort transdisciplinaire qui s'est souvent limité à une transposition presque littérale des lois de la matière formalisées par les sciences dites dures dans les matérialismes des sciences dites molles. D'autre part, cela impliquait une esthétisation de la matière à travers ses fluctuations vibrantes et son indétermination.

Contrairement à la volonté souvent hâtive des nouveaux matérialistes de renverser le domaine de la forme, le panel se concentre sur la complexité de la dialectique de la matière et de la forme, soustrayant les deux concepts à la logique de l'assujettissement et proposant la possibilité d'une relation horizontale entre les deux. La théorie et l'histoire de l'art, dans la mesure où elles s'intéressent à la constante (ré)utilisation et (re)définition du lien forme- matière, constituent le point d'observation privilégié pour retracer sa généalogie et reconfigurer sa dialectique interne, tant dans l'histoire de l'art occidental que dans d'autres traditions artistiques. En ce sens, le panel nous invite à repenser la généalogie du lien forme- matière de trois manières. Premièrement, en retraçant les perturbations au sein de ses définitions classiques, depuis la chora de Platon, l'hylémorphisme aristotélicien et scolastique, jusqu'à l'esthétique de Schiller et la dialectique de Hegel. Deuxièmement, en explorant d'autres généalogies, qui sont tangentes à la tradition occidentale - comme dans le cas d'Ibn Rushd et d'Ibn Sina repensant les notions de forme et de matière d'Aristote - ou complètement hétérogènes par rapport à elle. Troisièmement, en examinant ses transformations contemporaines en esthétique et en histoire de l'art, par exemple à travers l'étude archéologique de Rancière sur l'essor de l'esthétique, l'étude de Didi-Huberman sur l'art de la Renaissance et d'autres perspectives méthodologiques engagées dans le développement d'une critique généalogique du lien matière-forme.

Les matérialités de la photographie

Marie Auger 1, Colette Morel 2, Stephanie Jamieson 3

1 Université Gustave Eiffel - Paris (France), 2 Université Grenoble-Alpes - Grenoble (France), 3 Victoria and Albert Museum, Londres (United Kingdom)

Sujet en anglais / Topic in english

The theme of materiality, first considered from a technical standpoint, became truly fundamental to photographic studies when the "material turn" of the 1980s affected historical and theoretical reflection on the photographic image. With the generalization of digital techniques, a retrospective interpretation of the analogical period begins, with numerous methodological axes (art history, visual studies, media theory, anthropology, sociology, conservation, and restoration). Should we interpret it as expressing apprehension about the "dematerialization" of the digital?

The (im)materiality of photography brings together researchers, curators, restorers, and artists around the distinction between image and object, emulsion, and support. The increasing scarcity of silver-based media thus prompts an examination of the industrial and post-industrial history of photography while focusing on its production modes. The processes and know-how threatened by a sector’s structural evolution are the subject of new reflections. Far from constituting yet another milestone towards "post-photography", the angle of materiality today requires an ecology of media. On the one hand, a history of the materials, which are frequently dangerous and toxic, is needed to evaluate the ecological footprint of photography. On the other hand, existing research that advocates an archaeology of networks takes into account the financial burden and environmental cost of the creation, distribution, and storage of digital images.

The plurality of these recent contributions invites us to rethink the materiality of photography from a material and processual perspective. What are the materials, the gestures, and the know-how of photography? What economic, industrial, scientific, aesthetic, and philosophical history should be invoked to comprehend its significance?

Sujet de la session en français / Topic in french

Le thème de la matérialité, d’abord envisagé sous l’angle techniciste, devient véritablement central dans les études photographiques lorsque le “tournant matériel” des années 1980 affecte la réflexion historique et théorique sur l’image photographique. Avec la généralisation des techniques numériques s’engage une lecture rétrospective de la période analogique, autour de multiples axes méthodologiques (histoire de l’art, études visuelles, théorie des médias, anthropologie, sociologique, conservation et restauration). Faut-il y lire une réponse inquiète face à la « dématérialisation » du numérique ?

L’(im)matérialité de la photographie réunit chercheurs, conservateurs, restaurateurs et artistes autour de la distinction entre image et objet, émulsion et support. La raréfaction des supports argentiques invite ensuite à une histoire industrielle et post-industrielle de la photographie, attentive à ses modes de production. Les processus et savoir-faire menacés par l’évolution structurelle d’un secteur font, enfin, l’objet de nouvelles réflexions.

Loin de constituer un énième jalon vers la « post-photography », l’angle de la matérialité appelle aujourd’hui une écologie des médias. D’un côté, l’évaluation de l’empreinte écologique de la photographie nécessite une histoire des matériaux, souvent polluants et nocifs, qui la constituent. De l’autre, le poids économique et le tribut environnemental de la production, de la circulation et du stockage des images numériques transparait dans les recherches proposant une archéologie des réseaux.

La pluralité de ces contributions récentes invite à repenser les matérialités de la photographie dans une perspective prenant en compte autant le matériau que le processus. Quels sont les matériaux, les gestes, les savoir-faire de la photographie ? Quelles histoires économiques, industrielles, scientifiques, esthétiques et philosophiques méritent d’être convoquées pour en comprendre la portée ?

Indian Ocean Objects above and below the Waterline

Peyvand Firouzeh 1, Nancy Um 2, Pauline Monginot 3

1 University Of Sydney - Sydney (Australia), 2 Getty Research Institute - Los Angeles (United States), 3 Institut national d’Histoire de l’art (INHA), Paris (France)

Sujet en anglais / Topic in english

In the past decade, the field of Indian Ocean art history has witnessed a rapid growth, with a wealth of new research oriented around the circulation of objects across this ocean’s breadth and a rising focus on how maritime mobilities generated dynamic lives and meanings for traveling goods. While these efforts have brought into sharper focus the history of the Indian Ocean’s littoral zones, its port cities, and the objects that frequented them, interpretation has tended to cling to the coasts, implicitly prioritizing land over water. We have spent more time studying the Indian Ocean along a horizontal axis, namely the water’s surface, thus documenting and conceptualizing materials that moved or were moved across the ocean rather than those that came from the ocean itself or the detritus that rests on its floor.

Pushing against art history’s historiographical emphasis on land or the ocean’s role as a path of conveyance, this session explores the material intersections between horizontal and vertical histories of the Indian Ocean. Inspired by Isabel Hofmyer’s call for an oceanic turn that extends both “above and below the waterline,” we invite speakers to explore objects that traversed the water’s breadth or to delve into the physical qualities of those that emerged from the depths of the sea, such as shells, mother of pearl, as well as images of the underwater realm. Most poignantly, we hope to think through the ambiguities of the boundaries between water and land, by exploring sites where these arenas meet and interact. How can we understand the ocean as a “maker” of materials and objects in tandem with its role as a medium of transmission and exchange? How can we understand water as a fundamentally creative and transformative environment, which actively conjures the tactile character of things, or reshapes the materials that it comes into contact with? What new forms or material characteristics emerged from objects that had an underwater journey, alongside journeys across water? How did immersion in water change the life of objects “en route” and, as a result, their broader migrations and meanings? How was the Indian Ocean perceived, conceptualized, or visualized as an agent in shaping both the materiality and mobility of things? How did objects emerging from the ocean reshape understandings of the ocean itself?

Sujet de la session en français / Topic in french

Au cours de la dernière décennie, le champ de l'histoire de l'art de l'océan Indien a connu une croissance rapide, avec une multitude de nouvelles recherches orientées vers la circulation des objets à travers l'étendue de cet océan et un intérêt croissant porté à la façon dont les mobilités maritimes ont généré des parcours et des significations dynamiques pour les biens voyageurs. Bien que ces travaux aient mis en lumière l'histoire des zones littorales de l'océan Indien, de ses villes portuaires et des objets qui les fréquentaient, l'interprétation a eu tendance à s'attacher aux côtes, privilégiant implicitement la terre à l'eau. Nous avons passé plus de temps à étudier l'océan Indien selon un axe horizontal, à savoir la surface de l'eau, documentant et conceptualisant ainsi les matériaux qui se sont déplacés ou ont été déplacés à travers l'océan plutôt que ceux qui proviennent de l'océan lui-même ou des détritus qui reposent sur son sol. S'opposant à l'accent historiographique de l'histoire de l'art sur la terre ou sur le rôle de l'océan en tant que voie de transport, cette session explore les intersections matérielles entre les histoires horizontales et verticales de l'océan Indien. Inspirés par l'appel d'Isabel Hofmyer en faveur d'un tournant océanique qui s'étende à la fois "au-dessus et au-dessous de la ligne de flottaison", nous invitons les intervenants à explorer les objets qui ont traversé l'étendue de l'eau ou à se pencher sur les qualités physiques de ceux qui ont émergé des profondeurs de la mer, tels que les coquillages ou la nacre, ou encore des images du monde sous-marin. De manière plus parlante, nous espérons réfléchir aux ambiguïtés des frontières entre l'eau et la terre, en explorant les sites où ces espaces se rencontrent et interagissent. Comment comprendre l'océan en tant que "fabricant" de matériaux et d'objets, en même temps que moyen de transmission et d'échange ? Comment l’interroger comme un environnement fondamentalement créatif et transformateur, qui détourne la sensibilité des choses ou remodèle les matériaux des objets mis à son contact ? Quelles nouvelles formes ou caractéristiques matérielles ont émergé des objets ayant voyagé sous l'eau ou à travers l'eau ? Comment l'immersion dans l'eau a-t-elle modifié la vie des objets "en route" et, par conséquent, leurs migrations et, plus largement, le sens qui leur est prêté ? Comment l'océan Indien a-t-il été perçu, conceptualisé ou visualisé en tant qu'agent façonnant à la fois la matérialité et la mobilité des objets ? Comment les objets émergeant de l'océan ont-ils modifié la compréhension de l'océan lui-même ?

"Matter Thinks"

Christian Berger 1, Larisa Dryansky 2

1 Universitaet Siegen - Siegen (Germany), 2 Sorbonne Université ; Centre André Chastel - Paris (France)

Sujet en anglais / Topic in english

In his essay for the exhibition catalogue As Painting (2001), the art historian Stephen Melville introduced the notion of “a particular strand of materialism” emerging in France in the postwar period. Fusing Marxism with other traditions of thought, namely structuralism and phenomenology, this model, according to Melville, revolved around the proposition that “matter thinks.” This panel takes Melville’s phrase as a point of departure, arguing that it allows to undo established and problematic binaries between mind and matter, materiality and immateriality, without reducing one to the other.
What does it mean for matter to think? How is this expressed in the arts? In what way is this notion of thinking matter reactivated by the digital and can it be related to the contemporary trend towards “smart materials” in science and industry? Conversely, what does it mean to consider thought as a material for artmaking, or to conceive of more traditional forms of artmaking, such as painting, as a “theoretical” activity?

Over the past two decades, the so-called “new materialisms” have familiarized the idea of matter as animated, “vibrant,” and endowed with agency. While this panel embraces the new materialist championing of matter and materials as well as the ensuing relativization of the human subject’s preeminence over all other animate and inanimate entities, we argue that the concept of a “thinking” matter could serve to reassert the importance of matter without fetishizing it and in such a way as to also allow for the ideal. In so doing, we draw inspiration from the philosopher Elizabeth Grosz’s study of the limits of materialism, The Incorporeal (2018), in which she envisions “a new new materialism in which ideality has a respected place.”
In fact, long before the advent of the new materialisms, artists started to reexamine and destabilize the dualism between mind and matter. Two prominent examples in modern and contemporary art would be the French artist Jean Dubuffet, whose Paysages du mental (1950–52) represent the inner workings of the painter’s mind by using the thickest materials, or the US-American artist Robert Smithson, who described his work as “a quiet catastrophe of mind and matter.” Undoubtedly, there can be found several instances of how this discussion has played out in different cultural, geographic, and historical contexts.

While the emphasis recently, and rightly so, has been on reversing the traditional primacy of thought over matter, this panel is interested in how art seeks to explore and problematize the articulation of thought and matter.

Sujet de la session en français / Topic in french

Dans sa contribution au catalogue de l’exposition As Painting (2001), l’historien de l’art Stephen Melville évoque l’émergence dans la France d’après-guerre d’une « approche singulière du matérialisme ». Associant le marxisme avec des courants de pensée comme le structuralisme et la phénoménologie, ce modèle, selon l’auteur, s’appuie sur l’idée que « la matière pense ». S’inspirant de cette formule, notre session se demande comment interroger les oppositions binaires entre la matière et l’esprit, la matérialité et l’immatériel, sans pour autant annuler toute différenciation.
En quel sens, donc, peut-on dire de la matière qu’elle pense ? Comment cette problématique se manifeste-t-elle en art ? De quelle manière cette idée d’une matière pensante est-elle réactivée par le digital et peut-on la relier à l’essor actuel des matériaux dits « intelligents » ? Réciproquement, en quoi la pensée peut-elle servir de matériau artistique et que veut dire considérer des pratiques plus traditionnelles telle la peinture comme des activités
« théoriques » ?

Les « nouveaux matérialismes » nous ont désormais accoutumés à l’idée que la matière est animée, pleine de vie et dotée d’une agentivité. Toutefois, si ces approches ont conduit, de façon salutaire, à revaloriser le statut de la matière et des matériaux ainsi qu’à remettre en question la domination du sujet humain sur toutes les autres entités, tant animées qu’inanimées, elles ne sont pas exemptes d’une certaine fétichisation de la matérialité. C’est cet écueil que le concept d’une matière « pensante » permettrait peut-être d’éviter. À cet égard, une autre source d’inspiration est la philosophe Elizabeth Grosz qui, dans son étude des limites du matérialisme, The Incorporeal (2018), appelle à « un nouveau nouveau matérialisme dans lequel l’idéalité a aussi toute sa place ».
De fait, bien avant les « nouveaux matérialismes », les artistes se sont déjà attachés à repenser le dualisme de l’esprit et de la matière. Dans l’art contemporain, on citera Jean Dubuffet, dont les Paysages du mental (1950–1952) représentent les « mouvements de l’esprit » à travers les
« concrétions de la matière », et celui de Robert Smithson, lequel a décrit son œuvre comme
« une catastrophe silencieuse de l’esprit et de la matière ». Sans doute, pourrait-on trouver de nombreux exemples de la façon dont cette problématique a pu être abordée dans différents contextes culturels, géographiques et historiques.

Si l’on insiste beaucoup aujourd’hui, et ce avec raison, pour renverser le primat traditionnel de la pensée sur la matière, il s’agit, avec cette session, de se pencher sur la manière dont l’art problématise l’articulation de la pensée avec la matière.

Penser la matière dans un livre d’artistes modeste / Thinking about the material in a modest artists' book / Zu Fragen der Materialität in schlichten Künstlerbüchern

Viola Hildebrand-Schat 1, Leszek Brogowski 2, Katarzyna Bazarnik 3

1 Kunstgeschichtliches Institut Goethe Universität - Frankfurt (Germany), 2 Université de Rennes, Rennes (France), 3 Institut of English Studies, Uniwersytet Jagielloński, Krakow (Poland)

Sujet en anglais / Topic in english

Hardly any other object reveals the duality of form and content, i.e. the materiality of the object and its significance for production, reception and understanding, as clearly as the book. Although the book in all its variants and transformations plays a central role in almost every culture, it has long been perceived in parts, and not as a thoughtfully created totality.

We propose a challenge: to consider the materiality of an ordinary book as an experimental field of art, to rethink the conception of the book in its totality and likewise under the material regime of sobriety, subtraction, and ecology.

It was not until the various bibliophile movements, fine art press and cooperations such as the Werkbund, but above all the material turn in cultural studies that the book’s material aspects were taken into account. In consequence, the book came to be perceived as a work of art. During the last decades, more and more artists worldwide have taken advantage of this concept by using the book as an enhanced space of communication and design. Today it is clear how broadly the term “book” is conceived, and how materials and concepts influence its meaning, reception and handling.

The materiality of the book directs our attention to the levels of meaning provided by text, image, material, and function. This focus makes apparent how the diverse components condition the book as a vehicle of reading, architectural space, and medium of communication and design. Likewise, simultaneity and succession, as they emerge through sequences of pages and mobility of turning pages, and ensuing cinematic effects, interaction and participation are determined by the materiality of the book.

Thus, intermediality, interdisciplinarity and interculturality become relevant for the book in a way that can hardly be observed in any other artefact. The diversity of modalities of the book reveals how materiality and praxeology are related to each other and mutually support each other.

The multi-perspective approach shall bring together a wide range of actors involved in the conception and production of the book.

Sujet de la session en français / Topic in french

La dualité entre forme et contenu, c'est-à-dire la matérialité de l'objet et sa signification pour la production, la réception et la compréhension, n'est nulle part plus évidente que dans le livre. Le livre, dans toutes ses variations et ses transformations, occupe une place centrale dans presque toutes les cultures : par quels chemins peut-il rejoindre aujourd’hui les expériences de l’art ? Nous proposons un défi : penser la matérialité du livre dans un livre ordinaire comme un champ expérimental de l’art. C’est une invitation à repenser la conception de l’œuvre d’art total sous le régime matériel de sobriété, de soustraction et d’écologie. Mettons à profit aussi bien diverses expériences éditoriales (les imprimeurs de petite presse et des coopérations telles que les Wiener Werkstätten ou le Werkbund) que la prise de conscience rendue possible par le tournant matériel dans les Lettres et les Sciences humaines et sociales (material turn), pour penser autrement l’achèvement du travail de l’art en résonnances avec les préoccupations du présent. Au cours du dernier demi-siècle, de plus en plus d'artistes ont commencé de se servir du livre comme un espace de l’art : création, réflexion, recherche, communication, etc. Nous proposons de porter une attention particulière à l’aspect matériel de cet espace, à la façon dont il affecte la lecture et la signification de l’art. Comment la matérialité du livre conditionne l’expérience de l’art, et vice versa, dans un livre qui respecte les usages propres à la culture quotidienne du livre ?

Usages, texte et images, papier et reliure, fonctionnalités (couverture, sommaire, colophon, etc.) : comment les expériences matérielles de la culture du livre, accumulées depuis des millénaires, inspirent l’art depuis le milieu du XXe siècle ? Il s'agit de mettre en évidence les diverses composantes qui conditionnent le livre en tant que support de lecture, espace architectural et moyen de réflexion, de communication et de création. Comment les artistes pensent la matérialité à partir de la forme et des usages du livre ? Outre la simultanéité et la succession, telles qu'elles ressortent des pages simples et doubles ainsi que des séquences de pages, des feuilletages (effets cinématographiques), l'interaction et la participation sont également déterminées par des aspects matériels.

Le livre est le lieu du croisement des cultures, des disciplines et métiers, des compétences, des savoirs, etc., un artefact complexe qui appelle une approche à travers les perspectives multiples. C’est la diversité des usages faits du livre qui permet de montrer comment matérialité et praxéologie sont interdépendantes et se soutiennent mutuellement. Rassembler les différents acteurs impliqués dans le livre et explorer les possibilités données de développement futur du livre : voici le défi.

Materiality and History: Problems in Method

Michael Yonan 1, Elin Manker 2, Marlen Schneider 3

1 University Of California, Davis - Davis (United States), 2 Umeå University (Sweden), 3 Université Grenoble Alpes, Grenoble (France)

Sujet en anglais / Topic in english

Art’s materiality is a stubbornly contemporary aspect of it. We encounter that materiality in our own moment, accessing it through our senses situated in a specific contemporary time and place. Therefore, our knowledge of materiality is rooted firmly in our experience of the present. Whether that knowledge can then lead to the historical understanding of art is a question. This panel seeks papers that discuss how closer attention to materiality challenges simplistic conceptions of the past in the methodology of art history – simplistic in the sense that writing about works of art, especially works of art from the remote past, automatically creates historical knowledge. Put in the terms offered recently by the literary theorist Hans Ulrich Gumbrecht, there is a tension between history and presence in the experience of art. For Gumbrecht, presence challenges the metaphysical orientation of much academic work, which foregrounds interpretation as its goal, and has undervalued other modes of engaging works of art that are based in sensory reactions.

For art history, presence is closely linked to materiality. How should art historians configure material knowledge in relation to history? Is it possible to integrate materiality into established art-historical methodologies (iconography, the social history of art, gender studies approaches, etc.), or does materiality offer a point of rupture, breaking through ideological systems to insist on something outside of knowledge systems? Are there ways of formulating art-historical practice so that history and materiality remain in balance? Does materiality ask us to imagine a new kind of history through art? These questions require thinking about materiality as a methodological problem.

L’objet réflexif (1500-1900). Une théorie matérialisée / The reflexive object (1500-1900). A materialized theory

Valérie Kobi 1, Léa Kuhn 2

1 Université De Neuchâtel - Neuchâtel (Switzerland), Centre allemand d'histoire de l'art Paris - DFK  (Paris)

Sujet en anglais / Topic in English

This panel aims to place at the center of its analysis artifacts made between 1500 and 1900 – be they paintings, sculptures, decorative objects, monuments, or architectural ensembles – that carry in their very materiality or in the devices of their display (frame, support, pedestal, etc.) a theoretical reflection on their own medium. It will be important here to understand how the materials inherent to the artwork can become the vectors of a reflexive posture developed by their creators, or their receivers. The attention turned specifically on objects created between the 16th and 19th centuries will allow to decompartmentalize the field of the history of early modern art, concentrated for a long time on the image of the work to the detriment of its material dimensions, while widening a thought lately initiated in the scientific literature focusing especially on the 19th and 20th centuries (among others Kuhn 2020, Peselmann 2020, Rhatz 2021). This will involve building on research that has addressed the materiality of the art object as a signifier (Raff 2008 [1994], Wagner 2001, Lehmann 2013) and as a mediator requiring both a theory (Lehmann 2015) and a circumstantial study of its stratified narratives (Biro/Étienne 2022). The questions that will interest us will touch on, but not be limited to, the following: What are the various modalities that govern the material translation of a theoretical position with a reflexive component ? What link can be established between the geographical context of creation and the selected materials ? What sources can we rely on to reconstruct these processes ? How were these reflexive objects theorized in their time and how are they theorized today ?

In addition to examining the conception, reception and categorization of the objects considered, this panel will question their ability to put our approach to the discipline into perspective by proposing an alternative history of art through its object of study.

Sujet de la session en français / Topic in french

Cette session souhaite placer au centre de ses analyses des artefacts réalisés entre 1500 et 1900 – qu’ils soient peintures, sculptures, objets décoratifs, monuments ou encore ensembles architecturaux – qui portent dans leur matérialité même ou dans les dispositifs de leur mise en exposition (cadre, support, piédestal, etc.) une réflexion théorique sur leur propre médium. Il importera en somme ici de comprendre comment les matériaux inhérents à l’œuvre d’art peuvent devenir les vecteurs d’une posture réflexive développée par leurs créateurs ou leurs récepteurs. L’attention tournée spécifiquement sur des objets créés entre les XVIe et XIXe

siècles permettra de décloisonner le champ de l’histoire de l’art moderne, longtemps focalisé sur l’image de l’œuvre à la défaveur de ses dimensions matérielles, tout en élargissant une pensée dernièrement initiée dans la littérature scientifique se focalisant surtout sur les XIXe et XXe siècles (entre autres Kuhn 2020 ; Peselmann 2020 ; Rhatz 2021). Il s’agira pour ce faire de mettre à profit les recherches qui ont abordé la matérialité de l’objet d’art comme un signifiant (Raff 2008 [1994] ; Wagner 2001 ; Lehmann 2013) et comme un médiateur nécessitant à la fois une théorie (Lehmann 2015) et une étude circonstanciée de ses narratifs stratifiés (Biro/Étienne 2022). Les questions qui nous intéresseront toucheront, sans toutefois s’y limiter, aux points suivants : Quelles sont les diverses modalités qui gouvernent la traduction matérielle d’une position théorique à composante réflexive ? Quel lien peut-on établir entre le contexte géographique de création et les matériaux sélectionnés ? Sur quelles sources peut-on compter pour reconstruire ces processus ? Comment ces objets réflexifs étaient-ils théorisés à leur époque et comment le sont-ils aujourd’hui ?

En plus d’aborder la conception, la réception et la catégorisation des objets considérés, ce panel sera l’occasion de questionner leur faculté à mettre en perspective notre approche de la discipline en proposant une histoire alternative de l’art à travers son objet d’étude.