Skip to main content

36ème Congrès du CIHA - Lyon 2024

Parrainé par le Ministère de la Culture,
le Ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche,
le Ministère de l'Europe et des Affaires étrangères

Ruines de ruines. Matérialité et immatérialité des ruines dégradées

François-René Martin 1 , Pierre Wat 2


1
Ecole Du Louvre - Paris (France), 2Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (France)

Sujet en anglais / Topic in english

In the wake of Alain Schnapp's fundamental work, particularly his Histoire universelle des ruines, we will examine a very specific category of ruins. Those which, while their status of monumental ruin, worthy of being preserved, was established, are the object of destruction. There is first of all the long time that transforms an outstanding monument into a ruin; then comes the time of preservation that tries to stop them in a precise state. Sometimes an act comes afterwards which ruins them even more, until they disappear. There are too many examples of these voluntary destructions of ruins which formed a considerable part of the world's imagination and heritage. The recent news or even the present give many examples, from the Buddhas of Bâmiyân to the temples of Baalshamin or Bêl in Palmyra. The history of this very specific type of discussion, which does not concern the monument, but the vestige, deserves to be studied in depth. The power of these monuments for those who seize them by destroying them, as well as the power of the images of these same destructions, is never more than a new declination of iconoclasm -- or of the iconoclash that was the subject of Bruno Latour and Peter Weibel's programmatic exhibition at the Zentrum für Kunst und Medientechnologie in Karlsruhe in 2002.

This question, where the history of heritage and iconoclasm intersect, also involves problems of materiality and immateriality. Epistemological questions first of all. What can be the monumental status of the extreme and terminal ruins that are these new devastated monuments, reduced to dust or derisory rubble? How can we document the history of these monuments and their successive states, at a time when digital tools allow us to make virtual reconstructions of unprecedented precision? What choices of reconstitution or restoration should be adopted, in the face of such destruction, at a time when the virtual and even material reproducibility of monuments can reach unprecedented degrees of precision? Finally, the memory of these extreme ruins must be questioned. That which is aimed at in these destructions, indissociable from the communities which are attached to them in the spirit of those who perpetuate them. That of the very act of destruction, which is necessarily carrying meaning and which will be an integral part of the monument, in its double material status, made of subsisting traces, debris, dust, and of absence, immaterial ruin having existed and remaining only as a memory with some tiny material remains.

Sujet de la session en français / Topic in french

On s’interrogera ici, dans le sillage des travaux fondamentaux d’Alain Schnapp, particulièrement son Histoire universelle des ruines, sur une catégorie bien spécifique des ruines. Celles qui, alors que leur statut de ruine monumentale, digne d’être préservée, était établi, font l’objet d’une destruction. Il y a tout d’abord le temps long qui transforme un monument insigne en ruine ; vient ensuite le temps de la préservation qui tente de les arrêter dans un état précis. Vient parfois ensuite un acte qui vient les ruiner davantage, jusqu’à les faire disparaître. Trop nombreux sont les exemples de ces destructions volontaires de ruines qui formaient une part considérable de l’imaginaire et du patrimoine mondial. L’actualité récente ou même le présent en donnent de très nombreux exemples, des Bouddhas de Bâmiyân aux temples de Baalshamin ou de Bêl à Palmyre. L’histoire même de ce type bien précis de discussions, qui ne touche pas le monument, mais le vestige, mérite d’être approfondie. Le pouvoir de ces monuments chez ceux qui s’en emparent en les détruisant, comme celui des images de ces mêmes destructions n’est jamais qu’une nouvelle déclinaison de l’iconoclasme –– ou de l’iconoclash dont traitait l’exposition programmatique de Bruno Latour et Peter Weibel au Zentrum für Kunst und Medientechnologie à Karlsruhe en 2002.

Cette question, où se croisent l’histoire du patrimoine et celle de l’iconoclasme, engage également des problèmes de matérialité et d’immatérialité. Questions épistémologiques tout d’abord. Quel peut-être le statut monumental des ruines extrêmes et terminales que sont ces nouveaux monuments dévastés, réduits à de la poussière ou à des décombres dérisoires ? Comment documenter l’histoire de ces monuments et leurs états successifs, à l’heure où des instruments numériques permettent d’en faire des reconstitutions virtuelles d’une précision inédite ? Quels choix de reconstitution ou de restauration adopter, face à ces destructions, à un moment où la reproductibilité virtuelle et même matérielle des monuments peut atteindre des degrés de précision inédits.

Enfin, la mémoire de ces ruines extrêmes doit être interrogée. Celle qui est visée dans ces destructions, indissociable des communautés qui leurs sont rattachées dans l’esprit de ceux qui les perpétuent. Celle de l’acte même de destruction, qui est forcément porteur de sens et qui fera partie intégrante du monument, dans son double statut matériel, fait de traces subsistantes, débris, poussière, et d’absence, ruine immatérielle ayant existé et ne subsistant plus que comme un souvenir avec quelques restes matériels infimes.